22.03.2008

Sectes : une Commission Parlementaire sur les opposants à la liberté de conscience


http://leblogdepierredubarreau.blog.20minutes.fr/archive/2008/03/05/sectes-une-commission-parlementaire-sur-les-opposants-a-la-l.html

Surfant sur la vague de la polémique autour des « sectes », les
habituels acteurs de la lutte contre les nouveaux mouvements religieux
tentent aujourd'hui de relancer un débat qu'ils n'ont pas su faire
progresser depuis plus de 15 ans.

D'abord Monsieur Myard, qui réclame une énième commission parlementaire
sur les sectes (la quatrième depuis 95) alors que les précédentes n'ont
mené à rien, et qu'aucun autre sujet n'a eu plus d'une commission
parlementaire depuis cette date.

Lorsque l'on connait les statistiques dramatiques de consommation de
drogues, les problèmes que pose la surmédication en France, etc., on est
en droit de se poser des questions.

La première commission de 95 avait pondu une liste de 172 mouvements
directement recopiée d'après un document des Renseignements Généraux (un
copier/coller qui coûte cher aux citoyens), liste que les Renseignements
Généraux eux-mêmes ont qualifiée d'impraticable, decriée par tous les
experts, juristes, sociologues de France et qui a provoqué l'indignation
de nombre de nos voisins européens.

La dernière commission a fait choux-blanc, l'administration française
étant dans son ensemble obligée de reconnaître que le problèmes soulevé
n'existait pas (voir ici)

Jacques Myard, Maire de Maisons-Laffitte, voudrait orienter l'eventuelle
commission sur les médecines alternatives, et on pourrait se demander si
d'ailleurs il n'a pas quelques intérêts dans la surmédication (ceci fera
d'ailleurs l'objet de prochaines questions).

Il n'en est pas à son premier coup d'intolérance puisqu'il est l'un des
derniers défenseurs du rétablissement de la peine de mort en France, et
qu'il encourageait en 2006 la France à entrer en guerre contre Israël
(voir ici). Lorsqu'antisectarisme rime avec anti...

Quoi qu'il en soit, l'idée est vite reprise par le député Georges Fenech
qui lui aussi réclame son énième commission sur les sectes.

Alors, posons-nous des questions sur le bien-fondé de telles entreprises.

Etrangement, la première commission parlementaire avait largement
bénéficié (juste avant de dévoiler son rapport) de la publicité que lui
avait faite le drame de l'Ordre du Temple Solaire. Mais s'il y a un
mouvement qui n'était pas dans la liste noire, c'était bien celui-là. A
croire qu'il avait été savament occulté et que la commission avait
échoué (volontairement ?) à faire son devoir de prévention, en se
lançant dans des campagnes de rumeurs sur d'autres mouvements qui eux,
n'avaient jamais présenté de réels dangers dans notre société.

Si l'on cherche les « dérives » dans le cadre de ces activités, il se
trouve qu'on les trouve non pas chez les mouvements mis à l'index, mais
bien chez les instigateurs de la campagne anti-sectes développée depuis
15 ans.

Jean-Pierre Brard, élu PCF, s'en était pris aux témoins de Jéhovah en
2006 et le Secrétaire Général du syndicat policier CFTC avait du le
rappeler à l'ordre dans un communiqué de presse du 23 juillet 2006 :

"Les Témoins de Jéhovah sont des citoyens respectueux des lois
républicaines. II n'y a aucun critère dans leur vie de tous tes jours
qui permet de les classer " secte ". Ils ne créaient aucun trouble à
l'ordre public. Ils travaillent, paient des impôts, participent au
développement économique de notre pays et font des dons à des
associations caritatives. Le mélange de ces personnes issues de toutes
les races et de toutes les origines se rassemblant dans la paix fait
plaisir à voir. Nous n'avons jamais constaté lors de leurs
rassemblements, même si l'on remonte très loin dans le temps, la moindre
bagarre ou altercation qui aurait justifié notre intervention. Si tout
le monde était Témoin de Jéhovah, nous policiers, nous serions au
chômage. Nous comprenons mal la polémique autour du rassemblement des
Témoins de Jéhovah au stade Bollaert à Lens (62). Vouloir interdire ce
type de rassemblement pacifique est une très grave atteinte à la liberté
de culte dans notre pays et une remise en cause très profonde de la loi
de 1901 sur les associations. C'est la porte ouverte sur un clientélisme
religieux et une inégalité de traitement entre Ies différentes
confessions, notamment les trois grands monothéismes en France: Juifs,
Chrétiens et Musulmans. C'est contraire au principe républicain
d'égalité. Demain, en fonction d'Intérêts politiques personnels propres,
on interdira a tels ou tels groupements religieux de se réunir, c'est
inacceptable. Pendant qu'on massacre les Chrétiens du Darfour dans
l'indifférence générale, on tente d'interdire une religion chrétienne en
France. " Michel Thooris, secrétaire général du syndicat Action Police
CFTC.

Anne Hidalgo, élue PS, avait dressé une carte des nouveaux mouvements
spirituels et l'avait fait distribuer avec un appel à la délation. Anne
Hidalgo avait ensuite porté plainte contre Christian Cotten qui avait
divulgué l'information, et a été déboutée par la 17ème Chambre
Correctionnelle de Paris en juillet 2007.

Catherine Picard, elle aussi élue PS et présidente de l'UNADFI, avait
été condamnée par la Cour de Rouen pour diffamation envers les Témoins
de Jéhovah en ce même juillet 2007 pour s'être exprimé « de façon
outrancière et par une présentation tendancieuse jeté le discrédit sur
les Témoins de Jéhovah et (...) tenu des propos excessifs dépassant les
limites admissibles de la libre opinion et exclusifs de toute bonne foi
».

La scientologie, elle, a obtenu un non-lieu en octobre 2007 dans une
affaire instruite depuis 25 ans. L'Etat avait déjà été condamné pour
faute lourde et déni de justice par le TGI de Paris pour avoir fait
durer ce procès au delà d'un temps raisonnable et avait du verser 109
400 euros aux scientologues victimes de ce déni.

Mais le procès a continué. Lorsque la juge d'instruction Moracchini a
été destituée de l'affaire, certains lui reprochaient une trop grande
complaisance vis à vis des scientologues (elle a été totalement blanchie
depuis par le Conseil Supérieur de la Magistrature).

Pourtant son successeur Jean-Christophe Hullin arrivera à la même
conclusion : il n'y a rien à traiter, cette affaire n'en est pas une et
le dossier est vide : non-lieu.

La Cour Européenne des Droits de l'Homme a elle aussi pris partie en
faveur de la Scientologie en 2007 en rendant un jugement condamnant la
Russie pour avoir refuser d'enregistrer l'Eglise de Scientologie comme
association religieuse. Un précédent qui fait craindre à Monsieur Fenech
et Monsieur Myard une ingérence possible de la Cour Européenne des
Droits de l'Homme dans leurs affaires.

Bref, de nombreuses interrogations sur les véritables motivations de nos
élus opposants à la liberté de conscience, sont confirmés par un article
de raphaël Logier, Directeur de l'observatoire du religieux, dans
l'édition du Monde du 4.03.08 dont je cite un extrait :

« L’ensemble des universitaires, des chercheurs au CNRS, sélectionnés et
appointés par la République pour étudier scientifiquement ces mouvements
seront d’abord légèrement blâmés en raison de leur réticence à pointer
le danger sectaire, puis ils seront carrément exclus de toute discussion,
et enfin accusés de trahir la République. Tous les chercheurs, sans
exception, je dis bien tous, quelles que soient leur appartenance
partisane ou leurs opinions politiques, tous les spécialistes du
religieux sont d’accord depuis trente ans pour dire que les listings
établis par les commissions parlementaires ainsi que les prétendues
enquêtes des missions interministérielles sont fantaisistes. »
(le Monde)

Pour ces raisons, et parce que de nombreuses personnes ont souffert de
la discrimination religieuse et des rumeurs répandues par une petite
minorité de parlementaires et d'élus, nous demandons au parlement la
constitution d'une Commission Parlementaire sur les ennemis de la
liberté de conscience afin que nous puissions découvrir leurs véritables
intentions et les raisons de leur mensonges perpétrés depuis plus de 15
ans sur le dos des contribuables à l'encontre de la liberté des individus.